Crass est un groupe et collectif d'artistes britannique d'anarcho-punk, fondé en 1978 et originaire de Dial House, une maison communautaire près d'Epping dans l'Essex,
en Angleterre. La position de Crass était directement liée à l'anarchisme libertaire ou aux courants de pensées politiques communautaristes du XXe siècle. Prenant au mot le manifeste punk du do it yourself, Crass combine la chanson, le film, le collage sonore, le graphisme et la subversion pour lancer un front soutenu critique et novateur contre tout ce qui leur paraissait être une culture basée sur la violence, la guerre, le sexisme, l'hypocrisie religieuse et le mode de vie bourgeois du Royaume-Uni thatcherien.
Ils furent parmi les pionniers de l'anarcho-pacifisme alternatif et engagé dominant la scène punk. Ils se séparent en 1984, en hommage au roman de George Orwell.
Le groupe est formé lorsque Penny Rimbaud (Jerry Ratter),
fondateur de Dial House et ancien membre du groupe de performances artistiques d'avant-garde EXIT, commence à jouer avec Steve Ignorant, un fan des Clash qui vivaient à Dial House à l'époque. Ils composent les chansons So what ? et Do They Owe Us a Living ? en tant que duo batterie et voix. Ils s'appellent initialement Stormtrooper un court moment, avant de choisir le nom de Crass en référence à la chanson de David Bowie Ziggy Stardust (la ligne The kids was just crass)]. D'autres membres de la maison se joignent à eux peu de temps avant qu'ils ne se produisent au sein du festival de rue improvisé d'Huntley Street, au nord de Londres, pour leur premier concert. Peu de temps après, ils jouent au club punk le Roxy, dans le quartier de Covent Garden à Londres.
Selon le groupe lui-même, ce fut une débâcle de saoulerie, qui s'achèvera par l'éviction du groupe de la scène, immortalisée dans la chanson Banned from the Roxy[], et l'essai de Penny Rimbaud Crass at the Roxy[]. Leurs concerts suivants eurent lieu au pub White Lion à Putney, régulièrement aux côtés de UK Subs. Ces performances n'étaient guère fréquentées ; « le public était surtout constitué de nous-même lorsque UK Subs jouait et des Subs quand nous jouions ».
Plus tard, le groupe décide de se prendre plus au sérieux, notamment en ce qui concernait leur présentation. Évitant l'usage de drogues comme l'alcool ou le cannabis avant les concerts, ils adoptent une esthétique de vêtements noirs, du style des surplus militaires, que ce soit sur ou hors de scène. Penny Rimbaud expliqua, dans un texte figurant sur la pochette de la compilation Best Before, que le port de vêtements noir était pour eux une manière de s'opposer à la « [peacockery] narcissique des punks à la mode »[]). Ils introduisent aussi leur fond de scène distinctif, un logo dessiné par un ami de Penny Rimbaud, Dave King (plus tard membre de Sleeping Dogs Lie), qui figure au recto de la pochette de The feeding of the 5000. L'image para-militaire du groupe conduira certains à les soupçonner de fascisme. Crass argua que l'apparence de leur uniforme était une posture contre le culte de la personnalité, de sorte que, contrairement à la norme de beaucoup de groupes de rock, nul membre ne serait identifié comme leader.
Le logo de Crass représentait un amalgame de plusieurs icônes d'autorité dont la croix chrétienne, la svastika et le drapeau du Royaume-Uni, mélangés à un serpent à deux têtes se consumant lui-même pour symboliser l'idée que le pouvoir se détruira lui-même. Utiliser des messages délibérément entremêlés était partie intégrante de la stratégie de Crass qui se présentait comme « un barrage de contradictions », incluant l'usage de musique bruyante, agressive pour promouvoir un message pacifique, et c'était aussi une référence à leurs propres influences dadaistes et de performances artistiques. Le groupe refusait tout éclairage élaboré pendant les performances scéniques, préférant une simple ampoule nue. Le groupe était aussi pionnier des techniques de présentation multimédia, utilisant pleinement la technologie de la vidéo et utilisant des projections de films en arrière-plan et des collages vidéo réalisés par Mick Duffield et Gee Vaucher pour enrichir leurs performances
Les combats du groupe sont nombreux : végétarisme, féminisme, pacifisme, autogestion[].
Crass Records (1978–1979)
La première production de Crass est The Feeding Of The 5000, un EP 45 tours de 18 titres sur le label Small Wonder en 1978. Cet enregistrement contient notammanent la chanson "Punk is dead", très critique sur ce qu'est devenu le mouvement punk, et notamment les Clash.
La chanson devient emblématique du groupe[]. Les ouvriers de l'usine de pressage refusèrent de s'en charger sous prétexte du contenu prétendument blasphématoire de la chanson Reality Asylum[]. L'enregistrement fut produit par la suite sans le morceau incriminé, remplacé par deux minutes de silence ironiquement intitulées The Sound of Free Speech. Cet incident poussa Crass à créer leur propre label de disques, Crass Records, afin de garder un contrôle éditorial total sur leurs productions, et Reality Asylum sorti bientôt dans une version ré-enregistrée et rallongée, en 45 tours. Un pressage ultérieur de l'album restaure le morceau manquant[].![]()
Au même titre que leurs propres productions, Crass Records produisit d'autres artistes, dont la première fut en 1980 le simple You Can't Be You de Honey Bane, une adolescente qui vivait à Dial House après avoir fugué de son foyer. Parmi les autres artistes traumaient Zounds, Flux of Pink Indians, Rudimentary Peni, Conflict, le groupe islandais Kukl (dans lequel chantait Björk), la chanteuse classique Jane Gregory et Poison Girls, un groupe très proche de Crass qui travailla avec eux plusieurs années.
Ils ont aussi sorti trois éditions de Bullshit Detector, des compilations de démos et d'enregistrements bruts censés représenter l'éthique punk du do it yourself) (fait main).
Le tout premier titre de Napalm Death est édité sur le troisième volume[]. Les numéros de catalogue des sorties du label Crass Records marquaient un compte à rebours jusqu'à l'année 1984 (par exemple, 521984 signifiait « cinq ans avant 1984 »), qui est à la fois l'année où ils décidèrent de se séparer, et une date pleine de signification dans le calendrier anti-autoritaire du roman éponyme de George Orwell (1984).
Crass produisent leur troisième album, Penis Envy, en 1981. Il marque leur éloignement de l'image punk hardcore sous testostérone, que Feeding to the 5000 et son successeur Stations of the Crass avaient pour une bonne part donné au groupe. Il comprenait des arrangements musicaux plus complexes et les voix exclusivement féminines d'Eve Libertine et de Joy de Vivre. Bien que Steve Ignorant soit toujours membre du groupe, il est crédit sur la pochette du disque comme « absent de cet enregistrement ».
L'album aborde des problématiques féministes et attaque à nouveau des institutions comme le mariage et la répression sexuelle. Un titre, parodie délibérée d'une chanson d'amour sucrée est distribué en disque flexible dans un magazine romantique pour adolescentes, après qu'il eut été offert à ce magazine par une organisation appelée Services de Sons et Enregistrements Créatifs (dont l'acronyme est C.R.A.S.S. en anglais). Une controverse mineure en résultat dans les tabloïds lorsque la supercherie fut révélée ; News of the World alla jusqu'à déclarer que le titre de l'album était « too obscène pour être imprimé ».
Le quatrième album du groupe, Christ the Album, est un double sorti en 1982. Il est enregistré, produit et mixé en plus d'un an, alors que la guerre des Malouines avait eu lieu et s'était terminée. Crass remirent alors fondamentalement en question leur façon de faire des disques. En tant que groupe dont le premier objectif était de commenter les thèmes politiques, ils se sont sentis dépassés et semblaient être redondants par rapport aux événements du monde. Les productions suivantes, dont les singles How does it Feel to Be the Mother of A Thousand Dead et Sheep Farming in the Falklands ainsi que l'album Yes Sir, I Will, virent le groupe revenir à un son extrêmement brut et basique. Chaque nouvelle sortie de disque fut la réponse tactique du groupe à une situation politique déterminée.
Avec des graffitis au pochoir dans le réseau souterrain de Londres dès les premiers jours, le groupe s'impliqua dès ses débuts dans le militantisme politique autant que dans les activités musicales. En 1983 et 1984, ils participèrent aux actions Stop the City que l'on peut considérer comme les précurseurs des manifestations anti-globalisation du début du XXIe siècle. Le support explicite de ces actions se fit à travers les paroles du 45 T You're Already Dead, qui montra aussi l'abandon de Crass de leur long engagement pacifiste. Cela amena le groupe à une introspection plus poussée, certains membres devinrent amers de l'abandon de leur démarche essentiellement positive.
Reflet de ce débat, la production suivante sous le nom de Crass fut Acts of Love, des arrangements de musique classique de 50 poèmes de Penny Rimbaud décrits comme « 50 chansons à mon autre moi-même » voulant célébrer « le sens profond de l'unité, de la paix, de l'amour qui existent en cet autre moi-même ». Les membres de Crass sont à l'origine d'un autre canular post-guerre des Malouines qui recueillit assez d'attention pour faire craindre à l'administration Reagan des activités du KGB. Connue sous le nom de Thatchergate tapes, il s'agissait d'une cassette de fausse conversation faite d'échantillons des voix de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, dans laquelle ils semblaient alléguer que l'Europe serait la cible d'armes nucléaires de courte-portée en cas de conflit en États-Unis et Union soviétique. Des copies sont divulguées publiquement et rassemblées de manière totalement anonyme, le journal The Observer faisant le lien avec le groupe.
Après être devenus une épine particulièrement irritante dans le flanc du gouvernement de Margaret Thatcher à la suite de la guerre des Malouines, Crass est resté dans la tourmente. Des questions au Parlement et une tentative de poursuite sous le coup du Obscene Publications Act du Royaume-Uni les mena à une suite de batailles judiciaires. Le groupe subit une forme de harcèlement qui lui fit atteindre finalement ses limites. Le , ils donnent un tout dernier concert à Aberdare, au Pays de Galles, au bénéfice des mineurs en grève, avant de se retirer à Dial House pour recentrer leurs énergies ailleurs. Le guitariste Andy Palmer avait annoncé qu'il allait quitter Crass pour poursuivre ses études d'art. Crass considéra que le remplacer serait « comme avoir un cadavre au sein du groupe ». Cela préc






Y'a longtemps que j'ai pas écouté crass... merci Ludo.
RépondreSupprimerPar contre j'ai ré-écouté Zounds (The Curse of Zounds) y'a pas longtemps et c'est du très bon, plus mélodique que CRASS. à (re)découvir aussi !!!
SupprimerJ'ai toujours le The Feeding Of The 5000 et le Christ. Faudrait que je remette la main sur le premier pour vérifier si c'est la version censurée. Merci Ludo et Anacho bien sûr.
RépondreSupprimerMerci pour cette mise en avant : Bons Albums & EP's, mais mon préféré reste le bordelique "Yes Sir I Will".RF.
RépondreSupprimerY a plus les vidéos de fin (Crass, Conflict, Schwartzeneggar)?
RépondreSupprimerChe pas j'ai juste inversé les couleurs fond blanc et texte noir en fond noir et texte.blanc pour que ce soit plus visible.
SupprimerMerci pour ce petit hommage, ça m'a rappelé ma jeunesse, on écoutait Feeding of the 5000 en boucle. "We are Crass not Clash"...
RépondreSupprimerSi le sujet vous intéresse, je vous conseille quelques bouquins, DVD et CD sur le sujet :
RépondreSupprimerCRASS: Chansons D'amour (éditions Rytrut): tous les textes du groupe en anglais et traduit en français (totalement indispensable).
L'HISTOIRE DE CRASS de George Berger (Rytrut Editions également): Tout est dans le titre.. Plus de 400 pages en français sur l'histoire du groupe. Le mouvement Fluxus, la Dial House, le scandale de l'enregistrement fake entre Tatcher et Reagan sur la guerre des Malouines et les missiles, etc... (un régal)
GEE VAUCHER: CRASS ART AND OTHER PRE POST-MODERNIST MONSTERS (livre en anglais reprenant les oeuvres d'art de Gee Vaucher: pochettes d'albums, croquis, peintures, collages, fanzine, etc.).
Pour ceux qui sont plus vidéo, le fameux CHRIST THE MOVIE de Mick Duffield (Existencil Films): un recueil de courts métrages expérimentaux réalisés par Mick Duffield, membre du collectif Crass, abordant les idées et les réalités de la guerre des Malouines et conçus pour être projetés sur scène lors des concerts du groupe. Les films sont accompagnés de la musique de l' album "Yes Sir, I Will".
Et vu que plusieurs 45 tours de Crass Records ont été évoqué dans l'article, les 2 compilations CD "A Sides Part. One 1979-1982 (Crass Records, CD)" et "A Sides Part. Two 1982-1984 (Crass Records, CD)". Toutes les faces A des 45 tours sortis par le label.
Schoub.
Oui, les vidéos, bouquins conseillés, lien vers l'émission de fRance culture ont disparu de l'article. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/crass-ou-le-retour-aux-fondamentaux-1285837
Supprimermerci du rappel Schoub
Je ne comprends pas... mais j'ai du faire une connerie quand j'ai inversé les couleur en mode htlm. Dsl mea culpa etc...
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